le jour où j'ai bossé avec jcvd...

Une expérience fun et enrichissante (mais pas matériellement parlant)

Un parcours créatif à grande vitesse

Travailler avec Jean-Claude Van Damme n’est pas qu’un simple contrat de design graphique ; c’est un véritable cours magistral d'agilité professionnelle. Sur 3 ou 4 années, ma collaboration avec la légende des arts martiaux s’est étendue à travers plusieurs continents, de nombreux fuseaux horaires et des industries aussi diverses que l’horlogerie de luxe, la production cinématographique ou les projets de shows télévisés. Ce fut un tourbillon de "franglais", de délais à haute pression et une leçon sur la nécessité, pour un designer, d’être aussi agile qu’un kickboxeur.

1er Round : Coup d’envoi dans le secteur horolger

L’aventure a commencé en 2010. Par l’intermédiaire de l’agence Digi-Work à Bruxelles, j’ai été chargé de concevoir l’e-shop de la collection JCVD Swiss Chronographs.
Ce n’était pas un simple site de vente en ligne ; il devait refléter la marque "stampée JCVD", un mélange de précision suisse haut de gamme et de la puissance brute et iconique de l’homme lui-même.

On m’a ensuite appris que la collaboration entre le fabricant de montres et Jean-Claude Van Damme avait été de courte durée. À la suite d’un différend, les horlogers ont mis fin à leur partenariat. Mais de mon point de vue de designer graphique, ce fut un lancement plutôt réussi qui a posé les bases d’une collaboration bien plus directe et personnelle quelques années plus tard.

JCVD-Watches-web

Rodin Entertainment : des idées à vitesse Mach 1

En 2013, nous nous sommes reconnectés grâce à un ami commun, et j’ai été intégré assez vite à l’orbite interne de Rodin Entertainment, la société de production de Jean-Claude Van Damme.

Si vous pensez qu’une scène de combat de JCVD est intense, essayez de suivre son processus créatif. Les idées fusent dans toutes les directions à Mach 1. Un brief livré à 17:00 dans sa villa de Knokke peut évoluer le lendemain matin et être totalement transformé le soir suivant. C’était un exercice constant d’adaptation. Un jour nous construisions son site web officiel (The Official JCVD Portal) ; le lendemain, je plongeais dans des concepts visuels pour une trilogie cinématographique qui se déroulerait entre Vancouver, Dubaï et Shanghai. La semaine suivante, je recevais des appels de JCVD vers minuit pour de nouveaux projets et idées…

Le sprint créatif en "Franglais"
L’atmosphère était toujours électrique. Travailler avec Jean-Claude Van Damme, c’est exactement comme ses célèbres interviews : nous passions du français à l’anglais toutes les deux phrases. L’enthousiasme est contagieux et le rythme est celui de "l’urgence absolue". Nous passions d’un blackout de communication total à un sprint de 24 heures pour un événement à Cannes ou un lancement à Dubaï. Ses projets étaient aussi divers qu’ambitieux :

The Triplets (TRIIIPLE IMPACT)

JCVD-Triple-Impact

Un projet de série TV dans lequel Jean-Claude Van Damme aurait joué trois personnages différents (trois frères) à des âges distincts : un frère dans la trentaine, un autre dans la quarantaine et le troisième dans la cinquantaine. Ces visuels, réalisés rapidement à partir d’images trouvées sur internet et retouchées à la hâte sur Photoshop, servaient uniquement à illustrer le pitch de la série auprès de potentiels producteurs liés à des plateformes de streaming.

DUBAI FORCE : Le projet de la Police de Dubaï

JCVD-Dubai-Force

Des visuels pour une émission de télévision où JCVD entraînerait la vraie police de Dubaï aux arts martiaux.

Après une rencontre avec le Sheikh de Dubaï, Jean-Claude Van Damme m’a appelé pour me présenter un nouveau concept d’émission de télévision qu’il souhaitait pitcher. Il imaginait une émission de téléréalité où, jour après jour, JCVD entraînerait la police de Dubaï (qui ne porte pas d’armes à feu). Même si le taux de criminalité est quasiment nul, les policiers patrouillent régulièrement et sont toujours disponibles pour assister les touristes en cas d’urgence. Leur flotte de supercars – Ferrari, Lamborghini et autres – sert à renforcer l’image de sécurité et de modernité de l’Émirat. Bref, il y avait là une mine de matière pour une série de téléréalité mettant en scène Jean-Claude Van Damme en tant qu’entraîneur d’arts martiaux. C’est ainsi que Jean-Claude a de nouveau fait appel à mes services pour l’aider à visualiser des affiches promotionnelles destinées à vendre son idée à de potentiels investisseurs et producteurs.

 

Fashion TV : Refonte du branding pour une série haut de gamme aux Émirats.

Quelques mois plus tard, toujours pour le même projet, seule la chaîne "Fashion TV" avait montré de l’intérêt pour diffuser et cofinancer l’émission. Jean-Claude m’a donc demandé de retravailler les visuels en y ajoutant des mannequins masculins et féminins, puis des voitures de luxe (différentes marques selon les versions des affiches et selon les marchés cibles : européen, asiatique, américain et indien), ainsi qu’un éclairage plus scintillant, une typographie plus glamour et brillante avec le slogan "Dubaï Force - Where Luxury Meets Justice", etc.

À un moment donné, on m’a même demandé de remplacer l’un des bâtiments iconiques de Dubaï par la Cayan Tower (connue sous le nom d’Infinity Tower), car un ami du patron de Fashion TV était le promoteur immobilier et avait du mal à vendre les derniers appartements. Au final, ces affiches étaient tellement surchargées d’informations qu’elles en devenaient difficilement lisibles.

Une petite précision sur les visuels :
Bien que les affiches finales réalisées pour Rodin Entertainment aient atteint un haut niveau de sophistication technique, elles restent sous le strict "verrou contractuel" de la confidentialité. Comme de nombreuses années se sont écoulées depuis, j’ai inclus ici quelques "essais rejetés" pour le plaisir, un petit aperçu de l’atelier de création. Mais les résultats finaux étaient bien plus aboutis que ces expérimentations de première phase.

La séance photo

JCVD-studio-shooting

Afin de travailler avec du matériel en haute résolution (au lieu des images en basse ou moyenne résolution que j’avais reçues par email), j’ai proposé à JCVD de venir dans mon studio photo pour obtenir de meilleures images destinées aux visuels finaux. Initialement réticent, il a accepté lorsque je lui ai proposé une remise sur mes tarifs. Cela dit, entre ses fréquents voyages entre Los Angeles et Hong Kong à l’époque, il s’est écoulé près de six mois entre ma demande et la brève séance photo d’une demi-heure.

Vers la galerie photo des acteurs 


L’ultime confrontation : Le "Script de facturation"

Cependant, comme tout freelance le sait, le plus difficile n’est pas de faire le grand écart, c’est de se faire payer.

Jean-Claude est plein de cœur et d’énergie, mais peut aussi être un "fantôme" légendaire. Le poursuivre pour obtenir ses coordonnées de facturation revenait à traquer un homme qui se trouvait un jour à Knokke, le lendemain à Londres puis à Hong Kong ou à Los Angeles. Les rendez-vous étaient pris, puis reportés, puis s’évaporaient dans l’éther.

"Sois sympa avec moi pour cette première facture"
Premier email de JCVD concernant le paiement.


Quand le "ghosting" est devenu insupportable, j’ai dû faire preuve d’un peu de créativité avec nos compétences techniques. Je n’ai plus simplement envoyé un email ou un message WhatsApp, j’ai demandé à mon développeur, Stéphane, de rédiger un script sur mesure.

Nous avons mis en place un système automatisé qui envoyait des rappels réguliers et persistants à Jean-Claude, à son manager et à son équipe juridique à Los Angeles. Les messages répertoriaient chaque demande, chaque heure travaillée et chaque visuel livré. Après plusieurs jours/semaine où leurs boîtes de réception étaient poliment mais impitoyablement inondées de mes "rappels", le test d’endurance a finalement pris fin. Fatigués du siège numérique, ils ont enfin accepté de coopérer puis de régler la facture.

J’ai découvert plus tard, grâce à des documentaires télévisés, que JCVD avait la réputation d’être radin. J'ai tout de suite compris ce qu'il s'était passé avec ma facture.

Avec le recul, ce fut une expérience fun et très enrichissante.