pourquoi je défends l’ia générative

Le mythe de la souffrance : le blocage psychologique originel

un débat qui divise

L’IA est perçue par certains comme "Satan" ou la fin de l’art. Plus qu’une simple polémique technologique, c’est une remise en question de ce qui fait la valeur d’une œuvre. Pour beaucoup, le jugement porte sur l'outil plutôt que sur le résultat. Mais malgré un parcours de dessinateur et de photographe, j’y vois une extension logique de notre arsenal créatif.

Transformer le processus pour revenir à l'essentiel. Car, après tout, c'est l'intention qui compte. Ni le temps passé, ni la "souffrance" ou la difficulté technique ne devraient être les seuls étalons de la qualité. C’est cette envie initiale, cette vision claire du créateur, qui donne son sens au contenu, peu importe la machine qui l'exécute. L'IA n'est pas une menace, c'est un nouveau moyen de mettre le dessein conscient au premier plan. Même si la rupture brutale : l'évolution de l'IA est si rapide et exponentielle qu'elle rend les défis technologiques du passé presque dérisoires.

 

Le mythe de la souffrance :
le blocage psychologique originel

L’idée que l’IA est "trop facile" pour être légitime. Plus qu'une critique technique, c'est le retour du vieux débat sur la valeur de l'effort. Ce concept m'a directement fait penser au moment où j'étais à l'école, en cours d'Histoire de l'Art. Beaucoup d'élèves préféraient Dali ou Magritte à Reinhardt ou Pollock simplement à cause du fait que les œuvres de Dali/Magritte leur paraissaient plus complexes, plus "difficiles" à produire que l'abstraction.

C'est un peu cette même vision qui guide aujourd'hui les "anti-IA". Ils reprochent aux prompteurs de ne pas avoir enduré les années de "souffrance" d'apprentissage technique des méthodes traditionnelles. Transformer le mérite en une question de temps passé plutôt que de vision. Pourtant, ils oublient le facteur déterminant : l’intention. Peu importe la complexité de l'exécution ou l'effort consenti, c'est la volonté initiale du créateur qui définit l'œuvre, pas la sueur sur son front.

 

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L'intention artistique :
le souffle derrière l'œuvre

Ici je parle du dessein conscient ou la force motrice qui guide la main d'un artiste. Plus qu’une simple idée, c'est la boussole du projet. Transformer une impulsion abstraite en une série de choix (techniques ou esthétiques) cohérents. C'est cette envie initiale qui donne un sens à la forme finale. Que ce soit pour communiquer une émotion, défendre une vision du monde ou de provoquer une réflexion chez le spectateur.

Cette notion d'intention est complètement passée sous silence pour les "anti-ia" qui ne se focalisent que sur l'outil utilisé et non pas sur la valeur visuelle des images proposées.


L'ACCEPTATION ET LA DIFFUSTION DE L'IA NE VIENT PAS DE NULLE PART

Précédant 1 : La retouche digitale
Du sauvetage à la création pure

Dès le début des années 1990 on parlait de la maîtrise post-production : la capacité de transformer le réel après le déclic. Plus qu’un simple correctif, Photoshop était le pivot d'une nouvelle rentabilité. D'un côté, la sécurité de pouvoir récupérer des erreurs à la prise de vue (exposition, cadrage, détails parasites). De l'autre, la puissance de bâtir des univers entiers sans bouger du studio.

Cette évolution a brisé les contraintes physiques. Transformer une session de travail en une source infinie de visuels, sans nécessiter d'énormes coûts de déplacements ou de staff pléthorique. C’est cette agilité technique qui a donné le pouvoir de créer des images de haute facture avec une logistique légère. On parle ici d'une révolution qui a mis en rage toute une génération de photographes. Plus qu'un simple débat technique, c'était la guerre des "puristes" contre le progrès. Beaucoup s'accrochaient à l'étiquette "sans retouches", comme si refuser les outils de son temps était le seul gage d'être un "vrai artiste".

Mais la réalité du marché était ailleurs : les clients se moquent du processus. Que l'image ait nécessité trois jours de shooting avec cinq assistants ou une demi-journée de post-production, seul le résultat final compte. Il s'agissait surtout de transformer la contrainte logistique en efficacité numérique. Aujourd'hui, le débat est clos : ceux qui résistaient ont dû s'adapter, intégrant la retouche comme une extension naturelle du boîtier pour rester dans la course.

 

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Précédant 2 : La photographie digitale

Du processus argentique à l'agencement des pixels

La bascule technologique qui a redéfini le métier de photographe : le remplacement progressif de l'analogue par le digital. Plus qu'une simple évolution d'outil, c'est une explosion des possibles. L'enjeu majeur ? La chute drastique des coûts de production. Finis les pellicules, les bains chimiques et les scans haute-def, place au stockage immatériel et à la réutilisation à l'infini des images. Cette mutation a brisé les barrières à l'entrée, ouvrant le marché à une audience massive.

Transformer un art autrefois coûteux et technique en un langage universel et instantané. Cette accessibilité nouvelle a permis à chacun de capturer le monde, tout en forçant les professionnels à se réinventer pour se distinguer dans ce flux d'images constant.

Dès la fin des années 1990 début 2000 et depuis lors, très régulièrement, j'ai vu (surtout via les réseaux sociaux mais aussi via des exposition communes) des amis et connaissances "devenir" photographes. Avec dans leur très grande majorité des photographies très réussies. Grace à la nouvelle accessibilité de cette activité, des talents se sont fait connaître. Ces personnes avaient déjà "l'œil", la sensibilité et l'envie nécessaire pour s'y mettre. L'évolution technologique et l'accessibilité des prix leur a simplement ouvert la porte. Et j'étais très heureux de voir qu'autant de mes connaissances avaient en elles ces sensibilités et ces envies artistiques.

Là aussi, qques photographes grincheux s'insurgeaient contre "la mauvaise qualité" des premiers appareil digitaux. Et surtout contre l'émergence de "voleurs de business" potentiels. Ils s'en sont remis depuis.

ILS ONT PREPARE LE TERRAIN POUR L'IA

Co-responsable 1 : Les Banques d’Images
De l’uniformité visuelle à la rupture IA

L’essoufflement d’un modèle : l'émergence des banques d'images où tout a fini par se ressembler. Plus qu’une simple lassitude visuelle, c’est une uniformisation totale de l'esthétique corporate. Des clichés lisses, interchangeables, qui ont vidé la communication de sa singularité. Sans âme, ce type d'image, mondialement diffusées, ont préparé le terrain pour une certaine uniformisation esthétique, tant pour les photographes que pour les illustrateurs qui y ont participé.

 

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Co-responsable 2 : L'agressivité des bureaux d'avocats
Menaces et chantages de procès

Spécialisés dans la "chasse" aux fraudeurs potentiels, transformant l'usage d'une simple image en un risque juridique permanent, ces bureaux d'avocats ont très, très largement contribué à l'utilisation immédiate et massive d'images générées par l'IA. Cette pression constante, couplée à la répétition visuelle existante, a poussé les créatifs et leurs clients vers les images générées par l'IA. Transformant de multiples contraintes juridiques et financières en liberté totale.

C’est cette envie de retrouver de l’originalité sans la menace de droits d'auteur, souvent disproportionnés, qui a définitivement ouvert l'ère du prompt.


Co-responsable 3 : Le son et les banques sonores
De la rectification à l’automatisation, l’industrialisation de nos oreilles...

L'arrivée de l'auto-tune qui a changé la donne en studio. Plus qu’un simple effet, c’est l'outil qui permet de chanter moins juste pour tout rectifier après coup. Une prouesse technique qui nous a doucement habitués à une perfection artificielle, nous préparant sans le savoir à consommer de la musique entièrement générée par l'IA.

Le moteur de cette mutation ? Une certaine uniformisation de la musique grand public, pilotée par des producteurs à l'appât du gain plus que par des musiciens en quête de l'expression de leur âme. Transformer l'art en produit calibré pour les ondes. C’est cette quête de rentabilité immédiate qui a lissé les aspérités, créant un moule sonore unique où la performance humaine s'efface derrière l'algorithme.

 

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CONCLUSION

On parle de la fin d'un cycle et du début d'une ère où la barrière technique s'efface devant la puissance du concept. Que l'on soit dessinateur, photographe, musicien ou prompteur, l'outil ne sera jamais le responsable de la qualité d'une œuvre. Aujourd'hui mon choix est fait : expérimenter plutôt que subir, comprendre plutôt que condamner. L'IA est une rupture brutale, certes, mais elle nous force à revenir à l'essentiel : ce que nous avons à dire au monde. C'est l'intention qui reste le dernier rempart de notre humanité créative. Ne laissons pas la peur de l'outil masquer la liberté de choix qui nous appartient toujours.



Qui suis-je ? (et donc d'où je parle)
A l'origine je suis dessinateur de BD, j'ai collaboré avec Franquin (comme petite main quand j'avais 20 ans), puis j'ai publié dans le journal de Tintin et dans Fluide Glacial (années 80s). Ensuite j'ai fait des illustrations pour des pochettes de disques et en parallèle j'ai été photographe de concerts pendant 15 ans à peu près. Avec des publications dans le monde entier. Enfin graphiste et photographe de studio pour créer des visuels publicitaires et surtout des affiches de théâtre et one-man shows. Bref, une soit-disant "victime potentielle" de l'IA générative.

Le véritable défi pour l'artiste moderne est peut-être d'utiliser cette "force motrice" de l'IA non pas comme une finalité, mais comme un nouveau matériau brut à transformer, pour que le choix final reste le fruit d'une vision humaine cohérente. Aujourd'hui j'ai 62 ans et je ne tiens pas à me laisser dépasser et/ou passer pour un vieux de la vieille qui pleure sur son passé comme certains de mes collègues. J'essaie, j'expérimente, je tente, et j'essaie de m'adapter et d'intervenir dans ce débat de manière constructive.